Participer à BDC
Que vous soyez naturaliste de terrain, contributeur bibliographique ou expert validateur, votre apport renforce la couverture des traits de vie des Lépidoptères de France. Contactez-nous pour échanger.
Structurer la connaissance écologique et biologique des Lépidoptères de France
Programme
BDC
Coordination scientifique
PatriNat (MNHN)
Couverture
Lépidoptères de France
Coordination
3 bénévoles + salariée
Quand vous observez un Gazé voleter au-dessus des haies en mai, ou que vous débusquez une chenille de Sphinx du troène sur votre lilas, vous collectez ce que les scientifiques appellent des traits de vie. Ces informations, aussi simples soient-elles, sont aujourd'hui éparpillées dans des dizaines d'ouvrages, d'articles scientifiques, de monographies régionales, et dans les observations accumulées sur Artemisiae.
Le projet BDC vise à les compiler, les vérifier, les sourcer et les mettre à disposition de tous, dans une base de données nationale structurée et interrogeable, en partenariat avec PatriNat (MNHN) et l'association Arthropologia.
Un trait de vie, c'est une caractéristique biologique ou écologique propre à une espèce. Pour un papillon, cela peut être : à quelle période vole-t-il ? Combien de générations produit-il dans l'année ? Sur quelle plante sa chenille se nourrit-elle ? À quel stade passe-t-il l'hiver, et où exactement ? Dans quel type de milieu vit-il, et jusqu'à quelle altitude ?
Ces caractéristiques ne sont pas des détails anecdotiques. Elles déterminent la manière dont chaque espèce répond à son environnement, et donc sa vulnérabilité aux changements en cours.
Un Grand Nègre des bois hiverne au stade chenille, niché dans les touffes de graminées. Une Petite Tortue passe l'hiver sous forme d'imago, réfugiée dans une grange ou un grenier. Cette différence de stratégie explique pourquoi ces deux espèces réagissent très différemment à un hiver doux, à la fauche d'une prairie en automne, ou à la fermeture d'un bâtiment agricole. Sans cette information précise, impossible d'interpréter correctement les variations observées sur le terrain.
L'une des particularités fascinantes des papillons, c'est que leurs traits de vie ne sont pas figés dans le marbre.
Prenons le Damier de la succise. La bibliographie de référence cite Succisa pratensis comme plante dominante, avec quelques plantes secondaires selon les régions. Or, des observations de terrain ont récemment documenté des chenilles se nourrissant de Valeriana officinalis, une plante jusqu'alors inconnue dans le régime de l'espèce sur notre territoire. Cette découverte, recoupée avec des observations similaires en Bavière et en Suède, suggère une stratégie alimentaire plus souple qu'on ne le pensait.
Sans l'observation précise d'un naturaliste sur le terrain, cette information n'existerait pas. C'est pourquoi parler de traits de vie sans parler de géographie, c'est passer à côté de l'essentiel : un trait régionalisé, ancré dans une région biogéographique atlantique, continentale, méditerranéenne ou alpine, vaut infiniment plus qu'une moyenne nationale.
Compilées, vérifiées, sourcées et mises à disposition, les connaissances sur les traits de vie deviennent un outil puissant pour des usages très concrets, à plusieurs échelles.
Pour les lépidoptéristes, c'est d'abord un référentiel de confiance, évolutif, qu'on peut interroger, enrichir et corriger collectivement. Mais c'est surtout un outil qui transforme la pratique de terrain : connaître la phénologie régionalisée d'une espèce, sa plante-hôte locale, son stade d'hivernage, c'est savoir quand chercher, où chercher, et quoi chercher. Pour la prospection ciblée d'une espèce méconnue dans son département, pour la recherche chorologique, pour la confirmation d'une donnée historique douteuse, l'accès à une base de traits de vie consolidée fait gagner un temps considérable et démultiplie l'efficacité du travail naturaliste.
Pour les chercheurs, c'est une matière première indispensable pour modéliser les réponses des espèces au changement climatique, analyser les extinctions locales, ou identifier les groupes les plus vulnérables.
Pour les politiques publiques, c'est ce qui permet de répondre à des questions précises : combien de papillons diurnes liés aux prairies sèches ont plusieurs générations par an ? Quelles espèces de papillons nocturnes pollinisent les orchidées ? Quels papillons de jour sont univoltins, et donc plus vulnérables aux aléas saisonniers ? Toutes ces questions trouvent leur réponse dans une base structurée. Aucune n'est accessible si l'information reste éparpillée dans des dizaines de publications.
Cette structuration profite à de nombreux dispositifs : le Plan National d'Action Pollinisateurs, le suivi européen EU-PoMS, les listes rouges, les diagnostics territoriaux — tous ont besoin d'une caractérisation fiable des espèces suivies, et tous trouvent dans BDC une réponse cohérente.
PatriNat a développé une base de connaissance unifiée adossée à TAXREF (pour les espèces) et à HABREF (pour les habitats). Cette base sémantique permet de stocker et d'interroger trois grandes catégories de traits, dans un cadre ontologique cohérent à l'échelle nationale.
oreina s'est associée dès 2024 à PatriNat pour contribuer à l'alimentation de cette base sur les Lépidoptères. Le travail est mené en lien étroit avec l'association Arthropologia, dont le projet jumeau BeeFunc, lancé en 2026, structure les données équivalentes pour les 980 espèces d'abeilles sauvages de France. Les deux associations alignent leurs définitions et leurs méthodologies, pour que les deux bases puissent dialoguer dans la base de connaissance de PatriNat.
La méthodologie d'oreina repose sur trois principes structurants :
Le projet est piloté au sein de l'association par trois bénévoles experts et la coordinatrice scientifique salariée.
Le travail conduit dans le projet BDC n'a de sens que s'il dépasse les murs d'oreina. Plantes-hôtes sourcées, phénologie, voltinisme, écologie, statuts de protection : tout ce qui sort de ce travail d'expertise est pensé comme un bien commun, librement réutilisable par les chercheurs, les bureaux d'étude, les gestionnaires d'espaces, les rédacteurs d'atlas, les programmes de science participative et les enseignants.
Modèles de distribution d'espèces (SDM), études phénologiques, analyses de réponse au changement climatique : les traits de vie BDC sont la matière première de ces approches, jusqu'ici dispersée dans la littérature et donc difficile à mobiliser.
PNAP, plans nationaux d'action, listes rouges, plans de gestion d'espaces protégés : les traits permettent d'identifier les espèces vulnérables (univoltines, monophages, à plantes-hôtes rares) et d'orienter les actions de préservation.
Atlas régionaux et départementaux, monographies, faunes locales : une fiche espèce homogène est désormais accessible à tous les rédacteurs, avec sourçage bibliographique systématique pour citation.
Programmes de sciences participatives, enseignement, ateliers naturalistes : connaître la plante-hôte ou la période de vol d'une espèce, c'est le préalable à toute observation orientée — et le levier de fidélisation des nouveaux observateurs.
Une information traçable, donc réutilisable partout. Chaque valeur de trait dans BDC est obligatoirement reliée à sa source bibliographique et assortie d'un niveau de confiance. C'est cette traçabilité, couplée à l'alignement avec l'ontologie PatriNat et à la cohérence avec BeeFunc (abeilles sauvages, Arthropologia), qui fait qu'un trait BDC est citable dans une publication scientifique, dans un rapport d'étude réglementaire ou dans un atlas régional avec la même rigueur. Le travail conduit pour qualifier les données d'Artemisiae devient ainsi un référentiel partagé pour tous ceux qui auront besoin, demain, d'informations fiables sur l'écologie d'un Lépidoptère de France.
Sourcé
Chaque trait est rattaché à sa référence bibliographique d'origine.
Interopérable
Définitions alignées avec PatriNat (ontologie) et avec BeeFunc (pollinisateurs).
Évolutif
Mise à jour continue par le groupe BDC au fil des publications nouvelles et des observations consolidées sur Artemisiae.
L'ambition du projet et la structure de la base de connaissance.
5
grands traits prioritaires en cours de renseignement (phase 1)
54
traits prévus à terme, organisés en 9 grandes catégories
3
familles de traits dans l'ontologie PatriNat (intrinsèques, interactions biotiques, espèce-habitat)
100 %
des espèces du suivi européen EU-PoMS à renseigner d'ici 2028
2
bases jumelles dans la sphère pollinisateurs : BDC (papillons) et BeeFunc (abeilles)
980
espèces d'abeilles sauvages dans BeeFunc (Arthropologia), avec définitions alignées sur BDC
Sources : fiche projet BDC 2026, 2028 ; bulletin Lepis n°1 (avril 2026).
L'ontologie développée par PatriNat structure les traits de vie en trois grandes familles complémentaires, qui couvrent l'essentiel de l'écologie d'une espèce.
Caractéristiques propres à l'espèce, indépendantes de son environnement immédiat.
Relations entre l'espèce et les autres organismes vivants.
Préférences et exigences écologiques de l'espèce.
La priorité de la phase 2026-2028 porte sur cinq domaines fondamentaux, choisis pour leur valeur immédiate à la fois pour la communauté naturaliste et pour les dispositifs nationaux et européens de suivi des pollinisateurs.
Espèces, genres, familles de plantes consommées par les chenilles. Index de polyphagie HPI.
Phénologie de l'imago, par décade ou par mois. Régionalisable selon les régions biogéographiques.
Nombre de générations annuelles. Univoltin, bivoltin, multivoltin, semivoltin. Souvent variable selon la région.
Stade auquel l'espèce passe l'hiver (œuf, chenille, chrysalide, imago) et lieu (litière, sous-bois, granges...).
Types de milieux fréquentés et amplitude altitudinale. Référentiel HABREF pour les habitats.
Chaque valeur de trait passe par un cycle de validation rigoureux, garantissant traçabilité et fiabilité.
Toute valeur de trait est obligatoirement reliée à une source : publication scientifique, monographie régionale, observation documentée sur Artemisiae. La source est ajoutée à l'index bibliographique.
La valeur est saisie dans la base de PatriNat avec mention de la source, du niveau de confiance et de la région biogéographique concernée le cas échéant.
Le réseau d'experts d'oreina expertise les valeurs renseignées, signale les contradictions entre sources et arbitre les choix de référence.
La base est interrogeable dans la base de connaissance unifiée de PatriNat, avec accès aux sources et niveaux de confiance pour chaque valeur.
L'intérêt opérationnel de la base BDC pour les utilisateurs d'Artemisiae tient à un cycle qui relie directement vos observations, l'enrichissement des fiches taxons et la prospection ciblée sur le terrain.
Chaque observation précisément documentée sur Artemisiae (chenille avec sa plante, adulte en train de butiner, station d'hivernage, individu observé hors période de vol connue) est susceptible d'alimenter la base BDC : soit en confirmant une valeur existante avec un appui géographique supplémentaire, soit en signalant une variation régionale, soit en révélant un trait jusqu'alors méconnu.
Une fois validées par le réseau d'experts, ces informations remontent dans les fiches taxons d'Artemisiae, où chaque espèce dispose d'un onglet « traits de vie » consultable par tous : phénologie locale, plantes-hôtes documentées, voltinisme régionalisé, stade et lieu d'hivernage.
À l'inverse, les fiches taxons enrichies deviennent un outil de prospection ciblée. Pour rechercher une espèce méconnue dans votre département, l'accès aux traits consolidés vous indique précisément quand sortir, sur quels milieux orienter vos efforts, sur quelles plantes-hôtes inspecter les chenilles, à quelle altitude prospecter.
Pour la recherche chorologique, c'est un levier décisif : confirmer ou infirmer la présence d'une espèce dans une région où elle est attendue, documenter une expansion d'aire, vérifier une donnée historique douteuse, tout cela devient possible avec une base de référence à laquelle se confronter.
Saisie sur Artemisiae avec contexte (plante, date, altitude, milieu).
Validation par le réseau d'experts, intégration dans la base BDC sourcée.
Affichage dans l'onglet « traits de vie » de la fiche espèce d'Artemisiae.
Recherche orientée et chorologie : nouvelles observations, et le cycle recommence.
Ressources externes, partenariats et publications associées au projet BDC.
Une chenille photographiée en train de consommer les feuilles d'une plante, c'est une donnée plante-hôte. Un adulte observé en train de butiner, c'est une donnée phénologique et une contribution à la connaissance du rôle pollinisateur de l'espèce. Un imago photographié en janvier dans un grenier, c'est un stade et un lieu d'hivernage documentés. Chaque observation précise est un élément de plus à intégrer dans le tableau.
Photo de chenille avec sa plante, observation phénologique précise, station d'hivernage : chaque détail compte. Saisissez vos observations sur Artemisiae avec le maximum d'informations contextuelles.
Pour celles et ceux qui souhaitent aller plus loin, une interface simplifiée permettra prochainement la saisie directe de valeurs issues d'ouvrages ou d'articles, accessible même sans maîtrise des standards scientifiques.
Vous êtes spécialiste d'un groupe taxonomique, d'une région ou d'un trait particulier (phénologie, plantes-hôtes, hivernage) ? Rejoignez le réseau d'experts validateurs.
Que vous soyez naturaliste de terrain, contributeur bibliographique ou expert validateur, votre apport renforce la couverture des traits de vie des Lépidoptères de France. Contactez-nous pour échanger.
BDC est l'un des cinq projets scientifiques que conduit oreina pour la connaissance des Lépidoptères de France. Les quatre autres lui sont étroitement articulés.